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Qu'est-ce que le conte

Qu’est ce que le conte ?
Le conte est d’abord un récit, oral, de  faits imaginaires. Il se transmet de siècle en siècle et de peuple en peuple. Il présente un monde et des personnages merveilleux, invraisemblables, surnaturels : il est à l'opposé strict du réel. Il porte en lui une force émotionnelle ou philosophique puissante. Depuis le 16ème siècle, il fait l'objet de réécritures, devenant ainsi progressivement un genre écrit à part entière. Il y a donc deux pratiques du genre littéraire du conte : écrite et orale. Le terme désigne également l’art de conter. Il est alors l’art du conteur.


Le conte oral ou conte populaire
Le conte oral est souvent appelé conte populaire par les ethnologues et historiens en raison de l'aspect traditionnel et communautaire de la création et de la circulation des histoires. Il est un genre narratif, contrairement à la devinette, au proverbe ou à la comptine. Il est délibérément fictif, contrairement à la légende ou à la saga se présentant comme véridiques. Contrairement au mythe, le conte de tradition orale a pour cadre narratif principal le monde des hommes, même si celui-ci, (contes merveilleux) est souvent en contact avec l'autre monde des morts, des esprits, du « petit peuple » ou des dieux.
La transmission des contes se fait de manière orale, c'est-à-dire de bouche à oreille. Le conte traverse ainsi les siècles par l'intermédiaire de la mémoire des hommes, plutôt que par celle des livres. En conséquence, il diffère selon les époques et les pays : une même histoire possède ainsi un nombre important de variantes. Derrière les variantes, on distingue une trame narrative qui se perpétue. Celle-ci est soumise aux aléas de l'histoire de sa transmission, qui passe par la mémoire et l'imagination des conteurs. Ces derniers transforment les récits en fonction du public, de l’heure et du lieu. Souvent, le répertoire est connu de l’auditoire, et ses réactions exercent (ou exerçaient) une influence sur le cours du récit. La connaissance de l'intrigue ne nuit pas à la fascination exercée par le récit. Le conte est avant tout la rencontre d'un conteur, d'un auditoire, d'une histoire, d'un lieu et d'un moment. On peut dire qu'il y a autant de versions d'un même conte-type que de séances de contes. En ceci, le conte peut être compris comme une sorte de performance, d'évènement unique qui ne saurait se renouveler deux fois de la même manière.


Ces contes ont fait l’objet de collectes ou d’intérêt, depuis l’antiquité, en passant par le moyen-âge européen (Rabelais, Boccace), le 16ème siècle européen (Perrault), le 19ème siècle (les frères Grimm en Allemagne, Souvestre en France). En Bretagne, on pense au travail de Anatole LE BRAZ,  Zacharie LE ROUZIC, François-Marie LUZEL, Paul SEBILLOT  au 19ème siècle (ou début 20ème), et au travail de Yann BREKILIEN, ou Per-Jakez HELIAS, pour l’époque moderne, ce dernier ayant été un collecteur de contes en langue bretonne.
En tant qu'art oratoire, force est de constater que le conteur traditionnel disparaît au fur et à mesure que l'industrialisation s'impose à toutes les couches de la société, si bien qu'il a quasiment disparu au 20ème siècle dans les sociétés de l'Europe occidentale, y compris en Bretagne, même si sa disparition y est plus lente.


Le renouveau du conte
A la place de la transmission traditionnelle des contes, on trouve à partir des années 1970 un renouveau du conte en tant qu'art du spectacle. Ce mouvement culturel s'approprie le résultat des recherches ethnographiques en matière de collecte des contes pour rénover l'art de raconter les histoires. A la suite des « événements de mai 1968 », les milieux artistiques et culturels liés à ce mouvement remettent en cause un rapport culturel distant face aux cultures populaires. De même, sont progressivement traduits en France, les ouvrages du psychanalyste et pédagogue Bruno Bettelheim qui posent notamment la question de l’utilisation des contes à des fins pédagogiques et même thérapeutiques. Dans ce contexte, les bibliothèques,  s’emparent des activités autour du conte en portant un fort intérêt au racontage et accueillent les conteurs du « renouveau du conte ». Deux artistes-conteurs encore en exercice, et par ailleurs formateurs de nombreux autres conteurs et conteuses, sont particulièrement importants dans cette période : Henri Gougaud et Bruno de la Salle.


Au départ les conteurs se contentaient le plus souvent de réciter telles quelles les versions écrites, mais très rapidement ils se sont approprié les histoires en y apportant des touches personnelles, à la manière des conteurs traditionnels. Petit à petit, cette pratique est devenue un art de la scène, aux côtés du théâtre, de la danse, et même, de la performance. Avec ce renouveau, le conte est redevenu un art du spectacle à part entière. Les meilleurs conteurs sont devenus artistes et donnent des spectacles (Alain LE GOFF au dernier festival inter-celtique de Lorient). De plus en plus de manifestations sont désormais dédiées à l'art de raconter des histoires.
Les impulseurs du mouvement continuent toujours de se produire et de créer, mais ils sont rejoints par une multitude d'artistes issus d'horizons divers, le conte s'impose dans des lieux et festivals qui ne lui étaient pas destinés, prend parfois des tours plus proche du théâtre de rue, du clown, du café-théâtre même. Aujourd'hui, coexistent contes traditionnels revisités et créations issues de collectages et d'observations de la vie quotidienne. En Bretagne, compte tenu de la richesse de la matière, c’est toutefois la première forme qui reste dominante.